Discours de proclamation

Prix Européen de l'Essai Charles Veillon 2013: Harald Weinrich

Par Pascal Veillon
Président de la Fondation


Quel bonheur, même si c'est un peu impressionnant, d'accueillir en chair et en os l'auteur de livres qu'on a aimés! C'est ce que nous vivons ensemble ce soir, en tout cas pour tous ceux d'entre vous qui ont lu l'œuvre généreuse et stimulante de notre lauréat, mais aussi pour vous qui allez peut-être la découvrir à la suite de cette soirée..

Vous accueillir, M. Weinrich, me fait penser à un personnage de l'Odyssée qu'il me semble vous aimez bien, Alkinoos, le roi des Phéaciens. En tout cas, dans au moins deux de vos livres: Léthé et Le temps compté¹, vous décrivez et admirez son sens de l'hospitalité. J'espère que vous trouverez une même qualité d'accueil dans ce lieu et au milieu de nous.

En fait, il n'y a pas la moindre similitude entre votre venue et celle d'Ulysse, lamentable naufragé échoué sur une plage (à part peut-être Nausicaa, incarnée dans la diligence de notre secrétaire!) Aucune similitude, mais une analogie. Démuni de tout lorsque la mer le rejette sur l'île, le roi d'Ithaque n'a rien d'autre à offrir pour remercier son hôte que le récit de ses aventures. Alkinoos en est parfaitement comblé, au point de faire prolonger à grands frais le séjour d'Ulysse. C'est ce que vous nous expliquez.

Si vous recevez ce 37ème Prix européen de l'Essai, c'est que, comme Ulysse, vous captivez vos lecteurs non par le récit de vos aventures, mais en évoquant les innombrables personnages historiques ou imaginaires de la littérature. Vous parvenez à les faire vivre de façon passionnante et toujours en relation avec le thème ou la question que vous choisissez de traiter. Cet évident talent de narrateur au service de la réflexion fait sans conteste de vous un essayiste et le jury est heureux de vous offrir une place parmi les lauréats de notre Prix. Ce jury dont j'aimerais honorer et remercier l'engagement dans la lecture et la critique, et l'exercice d'un discernement sur lequel nous pouvons compter.

Un merci particulier enfin à Mme Véra Michalski et aux collaborateurs de la fondation Jan Michalski de nous avoir ouvert la Maison de l'Écriture, ce lieu confortable et stimulant.

 

1 Le temps compté, p.155, Léthé, p. 30

 

Publié par la Fondation Veillon le 21 avril 2014